Tel était le vœu de ma mère médecin elle aussi.
Alors que j’avais 5 ans, j’étais scolarisée en première année primaire, on était en plein milieu de la décennie noire, l’Algérie était socialement très malade, économiquement pauvre, politiquement impuissante, gangrenée par le chômage et le terrorisme religieux, le niveau de vie de l’algérien moyen avait baissé, le peuple terrorisé par la peur et la pauvreté avait fuit les villages pour se réfugier en masse dans les villes…
À 40 km à l’est d’Oran, dans un village au nom de « Port Aux Poules », ma mère tenait un cabinet médical, elle était aimée de tous, elle soignait des dizaines de malades par jour pour une pièce de monnaie, un kilo de sardine ou du pain fait maison, ma mère était bénévole malgré elle dans ce village de 5000 habitants , elle était toujours à l’écoute de ses patients , toujours aux petits soins pour ses malades, elle bossait sans repit, de jour comme de nuit, les weekend et pendant les fêtes aussi .. .
Je me rappelle comme si c’était hier de ces femmes qui venaient accoucher chez ma mère, à leurs arrivées leurs maris promettaient à ma mère un bon chèque, quelques billets en dinars ou quelques kilos de poissons mais une fois bébé né , les maris s’éclipsaient avec leurs heureux événements jurant de revenir avec les onérations mais chose promise chose jamais due…
Les années passées et ma maman était toujours au service de ses patients, très fière de son métier, de ce qu’elle apportait à la société, elle ne comptait toujours pas ses heures au cabinet… je voyais ma mère avec tellement d’admiration, de respect et de fierté oui avec beaucoup de fierté, j’avais tellement de chance d’avoir cette maman dévouée , tellement de chance de pouvoir passer toutes mes pauses déjeuner et mes heures après l’école dans son cabinet médical, oui à cinq ans je savais déjà que j’allais devenir médecin!
« Tu seras médecin ma fille » me disait elle après chaque résultat trimestriel scolaire.
À 10 ans, à 15 ans je savais déjà ce que j’allais choisir comme spécialité après mes sept ans de médecine générale.
À 17 ans j’étais à la faculté de médecine d’Oran.
À 24 ans j’effectuais ma première année de spécialité au CHU d’Oran.
Et là je suis toujours mon périple, un périple rude, fatiguant, difficile… fini le monde des Bisounours où tout est parfait, bienvenu dans le système de santé Algérien, un système noyé dans le déni et la paranoïa.
bienvenu dans les hôpitaux universitaires algériens, où rien ne va mais on dit que tout va bien, où tout manque mais on dit que nos hôpitaux sont équipés de tout, où la gratuité des soins s’arrête à la gratuité de la main d’œuvre (la gratuité du médecin et de l’infirmier).
Le médecin Algérien est un héros , un héros gratuit, un héros bafoué, mal respecté , agressé, violenté par 40 millions d’algériens.
Nous somme agressés physiquement et verbalement tous les jours dans nos lieux de travail.
La politique du ministre de la santé est basée sur le défi et le dénigrement du médecin pour satisfaire une politique « populiste »
Que dit on des médecins dans les salles d’attentes des hôpitaux dans les cafétérias, dans les taxis?
Que dit on des médecins en se rendant au rendez vous chez le gynécologue et où chez son coiffeur et dans es réseaux sociaux ?
Que dit on des médecins en achetant sa baguette chez son boulanger ou au marché du vendredi ?
« Le médecin » est le sujet préféré des Algériens !
Le médecin est devenu le bouc émissaire d’un système de santé pourri et défaillant .
Oui faute de le dire, le système de santé Algérien brille par son échec!
Un échec dont le médecin n’est guère responsable.
« médecin » est devenu sur la langue du délinquant et de l’intellectuel !
« Le médecin » est le sujet préféré de « femmes Algériennes » et de « secret de femme »
On parle des médecins sur « diridarek.com » et sur « achats ventes Oran ».
La mégère parle des médecins, la femme instuite parle des médecins !
Tous n’aiment pas le médecin, le boucher, le « taxieur », le « raki », zaabit &co, le coiffeur, le vendeur de légume, le professeur de science, la caissière, le boulanger, l’entraîneur de foot….
Dans ma salle de GYM on n’aime pas les médecins, chez mon coiffeur aussi!
Dans la Daira quand je suis partie refaire mon passeport on ma dit qu’on aime pas les médecins , au commissariat quand je suis allée faire part de mon agression on a grincé des dents en apprenant que j’étais médecin !
Mais le paradoxe c’est que tous veulent être médecins, tous veulent voir leur enfant médecin, même la fille du boucher du coin ou le fils du commissaire .
Nos hôpitaux sont délabrés, sales, mal équipés, mal gérés est ce la faute aux médecins?
Le manque de moyens, de matériel, de médicaments, d’hôpitaux tout ça c’est la faute du médecin ?
La charge que subit nos hôpitaux, les chambres d’hôpitaux pleines à craquer, c’est la faute du médecin ?
La médecine n’est guère un médecin et un malade ou un médecin et un infirmier, le médecin comme l’infirmier ne sont qu’ un maillon d’un système sanitaire très complexe.
Le système de santé est un ministre, un ministère, des gestionnaires chevronnés, des économistes, des experts en logistiques, des pharmaciens, des négociateurs du marché du médicament et de l’équipement médical, des informaticiens, des ingénieurs, des administrateurs compétents, des diététiciens, des psychologues, des biologistes, des restaurateurs, des sociétés de sécurité et d’hygiènes…. les médecins et les infirmiers ne sont que la partie émergente de l’iceberg.
Réfléchissons un peu, soyons rationnels, mettons nous dans la peau de ces gens qui sauvent nos vies avec peu de moyens, ces gens que tout le monde méprise continuent à se battre malgré les difficultés.
Je suis un médecin Algérien, je me bats tous les jours pour l’intérêt de mes malades et je suis très loin d’être un cas isolé, en effet je suis entourée de super héros, de gens formidables qui m’inspirent et m’encouragent à donner le meilleur de moi même.
40 millions de méprisants qui hormis le déferlement de haine contre « les médecins » ne sont capable de se « Rassembler » pour trouver la moindre solution pour faire avancer le système sanitaire Algérien!
Le progrès et le développement ne sont possible par la violence et la haine.
Les premiers victimes du système de santé Algérien sont les médecins eux mêmes.
Par Dr.FEDJER Amina

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