Suite à son licenciement du journal TSA, Ghilas Ainouche a accepté de nous livrer sa version des faits.

Ghilas Ainouche, depuis un mois on ne voit plus aucune de vos caricatures publiées sur le site de TSA ? Votre mise à l’écart est-elle officielle ?

Depuis le 16 décembre 2013, j’envoie tous les jours une caricature à TSA. J’étais encore étudiant à l’époque, à l’Université de Béjaia où je poursuivais des études d’ingénierie.

En 2014, je signe un contrat avec TSA, c’était un contrat à durée indéterminée (CDI). Contrairement à ce qu’ils disent je n’étais pas pigiste. Je n’étais pas payé à la pige, je recevais un salaire mensuel.

Lors de votre embauche au sein de TSA avez-vous reçu des instructions concernant des sujets que vous pouviez aborder ou pas ?

Il y avait une entente orale entre nous. Je ne devais pas faire de dessins à caractère sexuel et je devais pas aborder la question de la religion. J’ai respecté la ligne du journal et j’ai tenu mes engagements. Chaque fois que je présentais une caricature, elle respectait les règles établies. Cependant, je n’ai pas signé de contrat d’exclusivité avec TSA. J’avais parfaitement le droit de publier mes caricatures sur ma page Facebook. La Rédaction de TSA était parfaitement d’accord avec cela. On me disait que ce qui se passe sur Facebook me concerne. Il est même arrivé à Hamid Guemache d’apprécier quelques unes de mes caricatures sur mon profil Facebook sans que ça ne pose problème à personne !

Quelles sont les raisons qui vous ont été données concernant votre licenciement ?

Avant de réaliser que j’avais été « suspendu », je croyais qu’il s’agissait d’un problème technique sur le site. Je suis allé vérifier plusieurs fois l’espace dédié à mes caricatures et il avait disparu. J’étais aux Etats-Unis à ce moment là. J’ai été invité par le biais de l’ambassade des Etats-Unis à représenter les caricaturistes algériens. J’ai continué à publier mes caricatures sur ma page Facebook, et j’ai écrit des messages à Hamid Guemache. Je n’ai eu aucune réponse pendant plusieurs jours. J’ai tenté de joindre d’autres personnes de la rédaction, en vain. J’ai commencé à être pris de panique. Je pensais à mes engagements, les charges de la vie quotidienne auxquelles je devais faire face. Je me suis retrouvé sans rien. C’était une humiliation.

Je reçois quand même un appel du directeur du journal qui me dit que je fais des dessins à caractère sexuel, que je vais trop loin et que je risque de finir comme Matoub Lounes, assassiné. Il m’explique qu’à cause de moi ils risquent leur vie. Il me donne l’exemple de Ali Dilem, que je respecte beaucoup, en voulant parler de sa manière à lui de faire de la caricature. Je lui explique que chacun a sa manière de pratiquer son art. Il n’a rien voulu comprendre. Seulement Ali Dilem a eu plus de soixante procès et son journal ne l’a jamais lâché. Pourquoi j’aurais droit à ce traitement avec zéro condamnations ?

On m’a fait comprendre au début, que c’était seulement une suspension sans salaire.

On m’a parlé en ces termes : « soit tu te calmes et dans ce cas il y a une possible réintégration, soit allah issahel ». Je suis évidemment disposé à fournir les preuves de tout ce que j’avance.

Le directeur de TSA a fait des déclarations concernant votre proximité avec le MAK. Il a ainsi déclaré qu’aux Etats-Unis vous aviez parlé d’une possible intervention étrangère en Algérie. Est-ce vrai ?

« Quand on veut tuer son chien on dit de lui qu’il a la rage ! »

Lorsque l’Ambassade des Etats-Unis a souhaité me contacter, c’est à TSA qu’ils se sont adressés. C’est eux qui leur ont fourni mes coordonnées. La rédaction était donc au courant de mon déplacement et y était plutôt favorable.

J’ai même reçu un e-mail du directeur du journal qui me demandait de parler de la censure que subissait TSA. Je l’ai fait bien sûr, et je l’aurais fait même si on me l’avait pas demandé. Cela me semble naturel de protéger la liberté d’expression à laquelle je demeure très attaché.

Parmi toutes les raisons qu’a invoqué la Rédaction de TSA par rapport à mon licenciement, il n’a jamais été question du MAK avec moi. Je ne suis adhérant, sympathisant, militant d’aucun parti politique. Je suis simplement concerné par l’état actuel de la liberté d’expression en Algérie.

On ne peut pas cacher que les militants du MAK subissent des pressions énormes et ce n’est pas normal. Ils ont le droit de s’exprimer tant qu’ils n’appellent pas à la violence. Et c’est aussi valable pour les islamistes ou pour n’importe quel groupe souhaitant s’exprimer.

On peut être d’accord ou pas mais la liberté d’expression est fondamentale.

Moi-même j’ai été violenté par la Police, lors du café littéraire d’Aokas… La sûreté de Béjaia n’a même pas enregistré ma plainte. A ce moment là, TSA m’a soutenu et m’a même poussé à déposer plainte.

Quant à la déclaration sur l’intervention étrangère, je suis contre toute ingérence dans les affaires internes des pays et je suis contre la violence, Je n’ai jamais dit ça.

Plus grave, le directeur de TSA vous accuse d’avoir produit des caricatures à caractère raciste , qu’avez-vous à répondre à cela ?

Ce n’était pas un dessin raciste ! C’était de l’humour. Il n’y a jamais eu de haine dans mes dessins. Je conçois que mon style soit parfois percutant, mais je considère qu’un peu de provocation peut contribuer à éveiller les esprits . J’ai des amis partout en Algérie et je ne regarde pas de quelle origine ils sont.

Ils me connaissent à TSA, ils savent que je ne suis pas raciste.

Pensez-vous que TSA a cédé à un chantage ? Votre licenciement contre le déblocage du site ?

On m’a reproché des dessins publiés sur ma page Facebook, parlant de sexe, religion, racisme… Dans le contrat, il n’est nullement mentionné que j’ai pas le droit de publier sur facebook. Depuis la déclaration de Ahmed Ouyahia, on m’a reproché de publier certains types de dessins sur Facebook desquels ils se sentent aussi responsables, et qui leur feraient courir des risques physiques. Ainsi, ils ne peuvent plus continuer à travailler avec moi car ils ne partagent pas ma vision. Ils disent que je suis vulgaire, raciste, islamophobe et beaucoup d’autres choses encore plus graves ! Ceux qui me connaissent vraiment sont là pour affirmer tout le contraire. Et c’est après quatre ans avec eux et après le discours de Ahmed Ouyahia qu’on me dit ça ? Mais comme dit le proverbe : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

Propos recueillis par Selma

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