J’ai vu comme tout le monde ces dizaines de vidéos qui ont fait le tour des réseaux sociaux lors du 20 avril. Un nombre assez important pour en être impressionnant de jeunes marchant, drapeaux de la Kabylie à la main et scandant des slogans indépendantistes. Cet engouement grandissant pour l’indépendance de la Kabylie est le fruit d’un travail acharné des militants du MAK (Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie) depuis quelques années. Initialement revendiquant l’autonomie de la région, le « parti » porté par Ferhat Mhenni a durci le ton récemment en exigeant l’indépendance simple et sans ambigüité de la Kabylie. J’ai beau être à l’antipode des revendications et surtout des idées que je qualifie de « séparatistes » de ce mouvement, j’estime qu’ils ont le droit d’exister, tout comme ils ont le droit de revendiquer ce qu’ils pensent être une solution dans ce capharnaüm qu’est devenu l’Algérie. Cependant, il serait vraiment temps qu’ils se trouvent une autre date pour crier leurs messages anti-Algériens car ce n’est nullement dans l’esprit du 20 avril 1980.

Cette date est très forte dans nos esprits. Elle symbolise la libération de la parole citoyenne, le « NON » à l’autoritarisme de l’état, le « NON » à la « tabouisation » de notre identité. Cette date appartient à toute l’Algérie, elle est celle de notre berbérité muselée, elle est celle de toutes les libertés.

J’aurais aimé être de la génération du 20 avril 1980. J’aurais aimé y avoir cet âge où on est en capacité de juger par soi-même, d’observer et d’analyser. J’aurais aimé avoir 20 ans ce 10 mars 1980. Lire dans un journal que cette conférence de Mouloud Maameri sur la poésie berbère a été annulée abusivement et me sentir poignardée en plein dans mon cœur, pile dans mon identité, touchée dans ma berbérité naïve d’Algérienne, encore fière de son million de martyrs. J’aurais aimé, comme lors de ce 20 avril 2001, être là. Voir de mes yeux les lynchages, sentir sur moi la répression, constater tout bonnement le déni de mon existence. J’aurais aimé y être  pour qu’aujourd’hui, cette date m’appartienne. J’aurais aimé y être pour ne pas me sentir exclue d’une histoire qui est aussi la mienne.

Cette date correspond à l’un des premiers, sinon le premier mouvement de révolte populaire dans l’Algérie post-indépendance. Cette révolte a été fondatrice d’un esprit, celui de dire « NON ». Cette date a délié les chaînes et lié les causes, elle a inspiré tant de révoltes, notamment celle d’Oran en 1982, Constantine en 1986, avant d’arriver à ce 5 octobre 1988 dans plusieurs villes d’Algérie. Le 20 avril 1980 est celui de la citoyenneté revendiquée. C’est celui de l’Amazighité. C’est celui de la liberté. C’est celui de notre identité libérée du mythe de l’arabité. Voyez-vous, 37 ans après, les combats que doit commémorer cette date, sont ceux de Taous Amrouche, Mouloud Maameri et tant d’autres intellectuels militants d’une Algérie du progrès.

J’ai beau avoir vécu le printemps noir, aujourd’hui, je prends de plus en plus mes distances avec le 20 avril. En effet, cette date s’éloigne de moi à mesure qu’elle s’éloigne de ses symboles. Elle est aujourd’hui le canal de toutes les idées extrémistes, elle porte en elle les combats les plus vils, les intérêts les plus opportunistes. Le 20 avril est devenue une date kabylo-kabyliste, pire, c’est devenue la date de la cause indépendantiste de la Kabylie. Comment se reconnaître quand toute la grandeur de cette date disparait derrière des slogans à la sauce « Kabylie, nation indépendante » ? Comment s’y attacher quand au lieu d’appeler à perpétuer les combats pour les libertés, elle appelle à la déchirure sociale ? Comment ce 20 avril peut-il être le vôtre alors que vous appelez à creuser des fossés quand Maameri appelait à construire des ponts ?

Cessez de confisquer notre 20 avril !

Cessez de biaiser sa symbolique !

Ne touchez plus à mon 20 avril !

Partagez sur vos réseaux sociaux à partir de Chouf-Chouf.com !