Dès son accession à l’indépendance en 1971, le Qatar jouait déjà au trublion. Refusant d’être rattaché à l’Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, le Qatar s’est toujours voulu à la croisée des civilisations.

Sous domination perse, ottomane, portugaise et plus récemment britannique, ce petit bout de terre qui regorge de pétrole et surtout de gaz entend bien tirer son épingle du jeu dans la région, non pas en jouant au leader, mais en coopérant avec les alliés « naturels » que sont l’Arabie Saoudite et les Émirats, d’une part, ainsi que l’Iran d’autre part.

En effet le Qatar exploite conjointement avec l’Iran, le plus important gisement gazier du monde, et ce, dans la bonne entente (cf. North Dome/South Pars). Ces travaux sont liés au gazoduc Iran/Irak/Syrie qui permettrait d’acheminer du gaz en Europe. Ce qui positionne le Qatar en acteur majeur dans l’approvisionnement et l’acheminement en gaz dans la région et en Europe (4e producteur mondial de gaz naturel).

 Il n’est pas anodin que la récente crise diplomatique qui a mis au ban le Qatar, a été provoquée par des déclarations plutôt amicales envers l’Iran et le Hezbollah de la part de l’Emir qatari Tamim Ben Hamed Al Thani. Des déclarations que l’Emir a niées par ailleurs.

 Ce qui semble effrayer l’Arabie Saoudite, qui a même fait voter le Yémen contre qui elle mène une guerre passée sous omerta, est l’effritement de la supposée homogénéité de la région. Le Qatar, accusé de soutenir des groupes terroristes par l’Arabie Saoudite, c’est le signal que le mal est plus profond. Le Qatar et l’Arabie Saoudite financent tous les deux un islam rigoriste de terreur dont l’idéologie peut être assimilée au fascisme. Ils sont tous les deux bailleurs de fond du wahhabisme à un niveau de fanatisme plus ou moins important. L’avertissement de l’Arabie Saoudite découle de sa peur de l’isolement.

Le Yémen où les rebelles chiites sont financés par l’Iran et où l’Arabie saoudite est enlisée depuis 2014, le Qatar qui trouve son compte à commercer avec l’Iran, Bachar Al Assad qui n’arrive pas à être délogé de Syrie : autant de facteurs qui indiquent une perte de vitesse diplomatique de l’Arabie Saoudite, qui n’hésite pas à sacrifier sur l’autel son ancien allié, allant même jusqu’à divulguer une liste des personnalités terroristes financées par les qataris sur laquelle figure le prédicateur islamiste Qaradhawi ainsi que Ali Benhadj.

Par le financement automatique des partis proches des frères musulmans un peu partout, notamment à travers la récupération des « printemps arabes », les qataris ont fini par exaspérer les saoudiens qui sentent leur leadership mis à mal. Il semble évident que cette querelle familiale qui a pris les allures d’une crise politique, révèle les velléités du Qatar qui refuse de se contenter de jouer le rôle auquel il était assigné. Les luttes de leadership dans la région n’ont pas fini de faire couler du sang. Il y a une effervescence autour de cet incident grave et un lourd silence du côté des occidentaux qui ne prendraient pas le risque de passer à côté d’un contrat d’armement.

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