Chaise vide, scène politique remplie. Nominations illégitimes à tout va. Crédibilité à l’intérieur proche du zéro. A l’extérieur, le monde doit sourire en coin de ce carnaval fi dechra que l’on vit depuis 2012.

 Mais nous n’en sommes plus là… L’image que le pays renvoie nous ne la regardons plus. Appelez ça phase de déni ou phase de protection mais dans l’esprit d’une partie du peuple cette phase est intrinsèquement transitoire.

 Le fait de savoir que tout aura une fin et que le départ du clan est lié au décès du Président actuel est quelque part la revanche sadique que la nature voudra bien concéder à ce pays.

 Oui, ils savent que le compte à rebours a commencé. Ça se sent. Il y a une fébrilité inhabituelle dans la façon de gérer les affaires de ce pays. Il y a de l’amateurisme, de l’approximation, du féodalisme, de la stagnation, de la régression et maintenant nous en sommes à la phase de répression.

 Réprimer aléatoirement, sans commune mesure, sans faire preuve de bon sens. Le bon sens ne fait pas bon ménage avec le totalitarisme. Et qu’on ne me dise pas que ce pays est libre parce que nous avons le droit de coucher trois mots parfaitement inaudibles.

 Le totalitarisme est l’un des principaux types de systèmes politiquesavec la démocratieet l’autoritarisme. C’est un régime à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée et dans lequel l’Etattend à confisquer la totalité des activités de la société. C’est un concept forgé au xxe siècle, durant l’entre-deux-guerres, avec une apparition concomitante en Italie, en Allemagneet en URSS. Le totalitarisme signifie étymologiquement « système tendant à la totalité».

 L’expression vient du fait qu’il ne s’agit pas seulement de contrôler l’activité des personnes, comme le ferait une dictatureclassique. Le régime totalitaire va au-delà en tentant de s’immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologieobligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.

Les caractéristiques habituellement retenues pour définir le totalitarisme sont: un monopole idéologique, c’est-à-dire la conception d’une vérité qui ne supporte aucun doute, qui est imposée à tous et qui est généralement orientée vers la lutte contre les ennemis du régime, un parti unique contrôlant la totalité de l’appareil étatique c’est-à-dire disposant de l’ensemble des moyens de communication de masse qu’il utilise comme des instruments de propagande, qui crée des structures d’embrigadement de chaque catégorie de la société et qui dispose d’une direction centrale de l’économie. Le parti unique est dirigé idéalement par un chef charismatiqueet autour duquel est formé un « culte du chef », faisant de lui plus qu’un simple dictateur mais plutôt un guide pour son peuple, lui seul en connaissant les véritables aspirations.

Un monopole de la force armée, un système à la fois policier qui a recours à la terreuravec par exemple un réseau omniprésent d’agents dormants et de surveillance des individus, basée sur la suspicion, la dénonciation et la délation ; et également concentrationnaire afin de pouvoir se prémunir contre tout individu potentiellement suspect. Ainsi ces systèmes ont systématiquement recours à l’emprisonnement, la torture et l’élimination physique des opposants ou personnes soupçonnées comme telles, et la déportationdes groupes de citoyens jugés « suspects », « inutiles » ou «nuisibles».

Cette définition du totalitarisme fait froid dans le dos lorsqu’on fait une rétrospective des événements de notre histoire contemporaine. Depuis le coup d’État de Boukherrouba, l’Algérie ne cesse de tomber dans les abîmes de la violence, de la négation de soi, du manque de vision et d’un certain héroisme lié à l’indépendance et duquel il ne reste que l’amertume des liquidations et de la traîtrise au nom du pouvoir.

Les fantômes d’Alger nous ont tout pris, même notre joie de vivre. Quelle joie de vivre peut vraisemblablement survivre à la répression et à l’emprisonnement aléatoire de nos compatriotes parce qu’ils pratiquent leur religion d’une manière et pas d’une autre ?

Quelle joie de vivre peut résister à la peur de finir derrière les barreaux parce que les conditions de travail sont pénibles et intenables ? Qui peut donc protéger ceux qui ne sont jamais entendus ?

Les fantômes d’Alger nous ont pris notre dignité car tétanisés par l’horreur de leurs actes, le corps humain choisit de se blottir contre un mur en fermant les yeux.

Comment pourrait-on nous sentir tous sans exception faire partie de la nation, quand sans cesse nous ne parlons pas la bonne langue, nous ne portons pas le bon habit, nous ne pratiquons pas la bonne religion, et à l’intérieur même de la religion nous ne pratiquons pas le bon dogme.

La première des résistances et même si elle est maigre, même si elle a l’air vain, même si elle est condamnée par les défenseurs de la fantômerie, c’est celle de la continuité.

Continuer à vivre après 250,000 victimes du terrorisme islamiste. Continuer à s’habiller comme on veut après que des noms d’algériens à abattre aient été collés sur le mur des mosquées quand leurs femmes ne portaient pas le voile, qu’elles continuaient de travailler au risque de se voir la gorge tranchée.

Hommage donc à cette résistance qui n’a jamais cessé d’exister et qui ne cessera jamais d’exister au nom de ceux qui ont payé de leur vie la barbarie et la violence idéologique.

Aujourd’hui la résistance est timide, fragile, un peu maigre mais elle existe. Elle parle, elle écrit, elle chante, elle vit. Ceux qui la prennent pour des hérétiques n’ont pas encore compris que le salut de ce pays viendra du chant, de l’écrit, de l’art, de la vie.

Les fantômes d’Alger hantent un vieux château vide dont personne ne se soucie. Ils déambulent dans ses allées en pensant dominer la vue mais d’en haut combien il est difficile de voir les gens d’en bas bouger.

La plus grande résistance aux fantômes d’Alger est la certitude que leur temps leur est compté. Ils sont transitoires, amenés à partir, amenés à rendre les clés. Les fantômes ça n’existe pas !

 

 

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