Le directeur de cabinet du Président de la République a choqué le pays avec des déclarations fracassantes sur les réfugiés sub-sahariens. En effet, Ahmed Ouyahia a déclaré que les migrants « sont une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux », estimant nécessaire de « protéger le peuple algérien de cette anarchie ».

Ces propos ont indigné les Algériens, d’abord par rapport à la misère que vivent ces personnes, qui n’ont certainement pas choisi de tout quitter chez eux pour recommencer dans un pays étranger. Puis parce qu’un homme politique aussi haut perché dans la pyramide ne peut pas se permettre ce genre de discours de comptoir.

Les réfugiés ont traversé une frontière. Ils n’ont pas pu tous entrer de manière illégale. En 2013, suite à des contestations dans le grand sud, l’Algérie a décidé d’alléger les modalités d’accession au territoire. Nos compatriotes du sud ayant des liens familiaux avec les populations du Nord Mali, la décision a été prise de permettre une mobilité avec le Mali un jour par mois, même si nos compatriotes revendiquaient une ouverture permanente, ce qui est impossible vu l’instabilité politique au Sahel.

Affecté à l’ambassade du Mali en 1992 en qualité de chef de Mission chargé de négocier la paix en tant qu’intermédiaire entre le gouvernement central et les Touaregs, Ahmed Ouyahia connaît bien le dossier. En 2012, suite au conflit entre le gouvernement central du Mali et l’AZAWAD, l’Algérie avait choisi d’ouvrir ses frontières pour causes humanitaires.

Les propos de M. Ouyahia sont indécents – aussi bien sur le fond que sur la forme –,  indignes d’un haut fonctionnaire, indignes d’un responsable politique qui lorgne déjà sur les présidentielles de 2019.

Nombre de médias se sont posé la question : « et s’il avait dit tout haut ce que les algériens pensent tout bas ? ». Il est vrai que les conditions dans lesquelles les réfugiés sub-sahariens vivent sont déplorables et, souvent, ils se retrouvent dans des campements sauvages loin de toute norme d’hygiène ou de salubrité. Beaucoup d’enfants en bas âge et d’autres plus grands ne sont pas scolarisés. La situation doit être résolue et les autorités devront prendre leurs responsabilités, mais jamais en les stigmatisant et/ou en incitant à la haine et à la violence contre eux.

Nous sommes conscients que le pays traverse une période difficile économiquement, mais cela ne doit en aucun cas remettre en cause la promesse que l’Etat a faite en laissant des personnes venir en masse s’installer en Algérie. Nous avons bien des camps de réfugiés à Tindouf, non ?

Liés au Mali par 1300 km de frontières, nos compatriotes touaregs le sont aussi par le sang. Nous sommes le pays le plus riche de la région. Les réfugiés choisiront de plus en plus l’Algérie comme point de chute plutôt que comme point de transit, comme elle l’était auparavant.

L’actuel Premier Ministre Abdelmadjid Tebboune a déclaré qu’une loi relative à l’exil est en cours d’élaboration ainsi qu’un recensement, laissant transparaître une volonté de les intégrer économiquement au marché du travail algérien.

Quant aux frontières, il ne s’agit pas seulement d’une question de sécurité – même si elle demeure capitale. Il s’agit aussi d’établir une politique migratoire claire, afin que le processus se fasse dans la légalité et que nous puissions identifier l’ensemble des individus qui pénètrent dans le territoire.

Toute déclaration fortuite ne saurait être autre chose que du populisme. Le directeur de cabinet de la Présidence n’en est pas à son coup d’essai. Ne vous inquiétez pas, nous n’avons pas peur que les immigrés nous mangent notre yaourt.

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