Ce matin, comme tous les matins, c’est avec le cœur lourd que je me réveille deux heures avant le reste de ma tribu pour me livrer à ma bataille du quotidien : préparer  un petit déjeuner sur mesure pour chacun de mes enfants et de mon mari, anticiper le déjeuner , préparer le gouté des enfants ( et de mon mari), faire le ménage, la lessive, la vaisselle,  réveiller mon mari puis les enfants, faire la toilette des  trois plus jeunes, organiser les cartables scolaires selon leurs emploies du temps ; pendant que ma petite tribu se retrouve de bon matin autour d’un bon petit déjeuner, c’est avec le ventre vide que je multiple les taches afin de ne rien bâcler et de ne rien omettre,  mon marathon ne fait que commencer  et  mon mari comme à son habitude toujours en pyjama, sirotant son énième café en face à la télévision, son  Smartphone dernier cri entre les mains, je prends une bonne respiration, je chasse les ondes négatives qu’il y a dans mon esprit, il est temps pour moi de déposer les enfants  à l’école, le dernier à la crèche, faire mon marché puis filer hélico presto à mon travail.

Ainsi est faite ma journée, ainsi est mon rituel quotidien,  aucune communication, aucun dialogue entre moi et mon conjoint, dans ses rares discussions avec moi, il ne cesse de me répéter que s’il m’a épousée  c’est pour assouvir ses besoins d’homme, je suis sa poule aux œufs d’or, sa ménagère, sa mégère et son punching ball .

Je travaille comme secrétaire dans une start-up privée à Oran, un travail soutenu, prenant, qui demande de l’assiduité et de la rigueur, mon patron est exigeant et intransigeant, mais mon travail est très passionnant puis il me permet de gagner ma vie et à améliorer la qualité de vie de mes enfants.

Chaque fin de mois, mon mari m’attend impatient pour me confisquer la quasi-totalité de ma paye, mais il me laisse quelques miettes,  suffisamment de miettes pour couvrir les frais de mon téléphone et de mon transport.

J’ai conscience, que la vie est faite de choix, j’ai choisi ce mari et j’ai choisi ma multiparité, la vie est cruelle car elle nous ne permet d’en revenir en arrière, je songe au divorce, mais quand et comment ?  être une femme divorcée dans ma société  est toujours tabou, le tribunal nous réprime, la société nous châtie, et nos mari ont tout pour gagner.

Ce soir, à 18h00 comme chaque  soir , je signe mon arrivé en jetant  mon cartable devant la porte en  criant « je suis là », comme à mon habitude je trouve les deux ainés scotchés devants leurs écrans, la maison sans dessus dessous, mon mari en train de m’engueuler en me menaçant de divorce si je continue à rentrer à de telles heures, ses menaces sont montées crescendo ce soir car le benjamin a eu une  diarrhée profuse et une forte fièvre, mon mari  dit que c’est de ma faute, qu’une femme est censée  rester chez pour entretenir son mari et son foyer,  ne me jetant le moindre regard, son il réitère son envie de divorcer si le petit n’a pas sa couche changée d’ici  5 minutes.

Quelques instants plus tard, je partage avec mon mari l’envie d’emmener le petit aux urgences pédiatriques du chu d’Oran, mon mari outré m’ordonne de me contenter de  lui donner de l’eau de riz et un doliprane, ce soir c’est  soirée foot à la télé et il est hors de question  qu’on l’arrache de son fauteuil , arrivera ce qu’il arrivera…

Je jongle entre le nursing du petit, la cuisine, les remarques gratuites de Mr. Les chamaillades des enfants et le dossier que je dois envoyer dans la soirée  à mon patron,

Le diner enfin servi, tous se rassemblent autour de la table ou leur journée avait si bien commencée,

Je m’accorde un moment de répit en fin de soirée, mon ordinateur restant allumée,  je lis les nouvelles d’Oran, à priori le Wali a procédé à la fermeture des deux et uniques  associations féministes à Oran, l’association FARD et AFEPEC, décidément le sort continue à s’abattre sur la gente féminine depuis la création d’Eve, c’est au perpétuel acharnement depuis des millénaires,  tous sont contre la femme, et tous contribue à lui nuire, décidément toute femme malheureuse doit embrasser  son malheur et le laisser ses maux la laisser mourir à petit feu , ainsi est mon destin , celui  de mes sœurs, celui de ma mère de mes aïeules !

Je suis une ménagère du xxi siècle et j’ai décidé d’assombrir  à mon  misérable destin.

Amina fedjer

 

 

 

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