Un demi-siècle nous sépare aujourd’hui des dernières grandes colonisations du 19 et 20 siècles. Depuis la fin des années 50 et pendant la vingtaine d’années qui suivirent, les pays africains accédaient tour à tour à leurs indépendances respectives, chèrement payées pour certains et au prix d’innombrables souffrances. Une forte réflexion et de nombreuses productions intellectuelles donnaient le la à ce parcours de libération africaine, le dotant d’une pensée claire, révolutionnaire, souveraine et profondément humaniste. Senghor, Fanon, Adotevi, Césaire et beaucoup d’autres ont lutté de leurs plumes contre les griffes du colonialisme totalitaire et sanguinaire qui saigna tout un continent. Aujourd’hui, la colonisation demeure un sujet à controverses, tant par ses nostalgiques colonialistes dans leurs discours éculées de suprématisme ou encore à travers les farouches opposants à cet abomination, et qui, malgré la distance désormais historique avec les faits, sont dans des dissertations actuelles et alimentent tout autant la scène politique qu’intellectuelle.

Mais qu’en est -il aujourd’hui ? Peut-on encore en vouloir à la colonisation après s’être libéré ? peut-on encore trouver refuge dans des concepts nées sous la colonisation pour justifier le présent tragique de nos pays africains ! Peut-on encore en vouloir à la colonisation quand on l’a jamais connue ? Peut-on en vouloir encore à des colonisateurs quand nos dirigeants sont locaux ? Discours dangereux et victimaire, irresponsable et fuyant ! Le destin de l’Afrique aujourd’hui est entre les mains de ses enfants, de ces générations nées après les indépendances et dont les terrains de luttes ne sont plus les maquis et les montagnes, mais, la politique, l’égalité, les libertés, et la démocratie. Faire rejaillir aujourd’hui le discours anti colonialiste pour justifier les échecs politiques, économiques et sociaux du continent rentre dans le cadre d’une démagogie malsaine et manipulatrice qui aspire à contenir ces peuples sous la domination de dictatures bien locales, une fuite en avant anachronique et sans autre but que celui d’extérioriser une faiblesse, d’argumenter un échec et de justifier une faille. Des laïus dépassés par le temps et sans incidence sur le cours de l’histoire ou le développement des dits pays. Le tout soutenu par un misérabilisme intellectuel qui continue à entretenir cette position d’enfermement dans une bulle intemporelle et victimaire, une pérennisation du statut d’indigène sous d’autres formes, et une focalisation abusive sur le colonialisme. Une bénédiction pour les dictatures et un opium pour les peuples.

L’enjeu majeur actuel pour l’Afrique est d’ordre politique, se défaire des dictatures et œuvrer pour une démocratie, économique, construire des économies solides et souveraines, social, culturel et intellectuel, mais il n’est plus d’ordre indépendantiste, anti colonialiste ou encore victimaire. Dans sa fameuse réponse à la négritude, Wole Soyinka, le premier nobelisé africain inventa un autre concept «La Tigritude », ironiquement, il expliquait qu’un tigre n’avait pas besoin de dire qu’il était un tigre mais juste de bondir et tout le monde le reconnaîtrait. Soyinka voulait tout simplement dire que pour ce continent il était temps de s’affirmer, de prouver, d’avancer, de reprendre ses droits et de sortir de tous discours victimaires et larmoyants. L’Afrique s’affirmera par ses réalisations, par sa démocratie, sa culture, surement pas par le souvenir de ses colonisations.

Le colonisé n’est pas seulement celui qui est colonisé physiquement, c’est aussi celui qui dans le bien ou dans le mal, ne peut se défaire d’une pensée à la colonisation ou d’une forme inventée de celle ci. Il n’est plus le centre de sa propre existence, mais juste un orbite pour un ancien colonisateur. Et il n y a pas plus pérennisant pour une colonisation que persister à la voir partout et de l’affirmer.

Partagez sur vos réseaux sociaux à partir de Chouf-Chouf.com !