A croire qu’il est écrit quelque part que Tamazight n’en sort d’une polémique ou d’une manipulation que pour entrer dans une autre. Il est dommage qu’on n’apprenne pas de nos erreurs, que nous ne tirons pas les leçons de nos échecs.

En 2017, on en est encore à manifester dans la rue et par dizaines de milliers, pour réclamer que Tamazight ait droit de cité pour de vrai, dans son espace naturel. La réalité est hélas têtue : Prés de deux années après son accession au statut de langue officielle qui aurait pu et aurait dû lui conférer plus de respectabilité dans l’espace institutionnel, Tamazight reste confié dans son coin…

Abstraction faite des arrière-pensées politiques qui auraient pu déclencher les marches massives d’hier en Kabylie, il faut bien admettre que tout reste à faire sur le chemin tortueux de la promotion de Tamazight.

Il se confirme une nouvelle fois que même gravée sur le marbre de la Constitution, cette langue nationale et officielle demeure orpheline.
Le statut dont elle a hérité en 2016 grâce au combat des générations entières de militants, ne lui est, pour l’instant, d’aucune utilité. Ou si peu.

La promotion d’une langue ne se suffit pas de quelques slogans et autres professions de foi identitaires. L’incantation n’a jamais été une politique pas plus le discours soporifique qui convoque nos racines Amazigh sans pour autant juger utile et urgent de les arroser pour donner des bourgeons.

En l’occurrence, la création d’une académie pourtant consacrée dans la nouvelle Constitution, est une urgence indépassable sans laquelle la promotion de Tamazight ne serait rien d’autre qu’une rhétorique politique de mauvais aloi.
C’est la seule institution scientifique capable de donner du sens à cette «promotion» qui sonne comme un barbarisme. C’est l’académie qui donne le la, fixe les caractères de transcriptions, procède à la standardisation de la langue, effectue des aménagements linguistiques et propose la meilleure formule de l’enseignement de Tamazight.

Ceci est une affaire d’experts et de spécialistes qui doivent être choisis selon leurs compétences pour animer cette académie scientifique par excellence. Les pouvoirs publics qui s’empressent à chaque fois de crier à la manipulation dés qu’il s’agit de Tamazight seraient mieux inspirés de l’extraire justement des manipulateurs de tous bords.
C’est sans doute le message le plus important des dizaines de milliers de lycéens, d’étudiants et d’universitaires qui ont marché, hier, en Kabylie. Ils réclament du gouvernement qu’il tienne ses promesses en offrant à cette langue les instruments scientifiques, pédagogiques et financiers pour son épanouissement.

Un bon signe de vitalité de la société qui rappelle aux décideurs leur devoir envers cette langue qui a trop attendu. Il faut d’ailleurs se féliciter de ce que ces foules qui ont manifesté pacifiquement n’aient brandi aucun slogan politique.
Il n y a eu ni casse ni récupération. Les jeunes de Tizi, Bejaïa, Bouira, Sétif et Bordj Bou Arreridj ont donné une belle leçon aux politiques. Ils n’ont aucun autre objectif sinon celui de voir Tamazight avec tous ses atouts et ses atours. Au gouvernement, ils lui ont rappelé son devoir d’honorer ses engagements Qu’attendez-vous ? En Tamazight sur les banderoles.

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