Lors de l’éléction présidentielle française de 2017, on a assisté à un second tour qui
opposait Macron, ni de droite ni de gauche, à Le Pen, d’extrême droite.
Comme en 2002, lors du second tour Chirac / Le Pen – père, on nous a sorti le refrain du
« vote massif contre ».
A l’époque, c’était la première fois que j’usais de mon droit de vote. 15 ans plus tard, mes
attentes et convictions politiques sont autres et surtout, plus ancrées en moi.
C’est la raison pour laquelle, cette fois, je n’ai pas répondu à l’appelle du concesus contre
et ai préféré voter blanc.
J’ai joué avec le feu d’après certains éditorialistes, j’ai été irresponsable. Mais qui est
irresponsable ? Pourquoi, à peine le deuxième tour de l’éléction remporté par Macron,
nous avons refermé cette page du danger anti-républicain que représenterait Le Pen ?
Si je me pose cette question, c’est parce que mon choix du vote blanc a été motivé par
l’idée que si Le Pen avait été élue, elle n’aurait pas eu tous les pouvoirs. C’est un fait, la
république française de part sa constitution prévoit des contres-pouvoirs forts au chef de
l’état, avec en première ligne, les assemblées.
Le Pen aux manettes aurait eu très peu de chance d’être soutenue par une majorité, sa
marge de manoeuvre aurait donc été réduite. Elle aurait été bien plus contrainte et limitée
qu’on ne le prétend, bien plus inoffensive en réalité.
Il n’en demeure pas moins que le chef de l’état français dispose de quelques leviers qui lui
permettent de gouverner seul : décrets, ordonnances, etc… en refusant ce vote-contre,
j’ai pris ce risque qu’elle utilise ces biais. Et c’est de là que provient mes interrogations.
Pourquoi ne remet-on pas en cause ces moyens d’action qui font du président de la
république française un potentiel monarche, voire un dictateur ? Car c’est précisément là
que le problème réside. En effet, ces leviers moyennement démocratiques, dès lors qu’ils
tombent entre de mauvaises mains, peuvent être un danger pour la république. N’est-il
pas temps d’interroger les politiques sur cela ? Renforcer la pratique démocratique du
pouvoir pour mettre hors d’atteinte la république ne serait pas judicieux?
Ainsi, le vote utile ne serait plus si utile et plus aucune expérience électorale ne tournerait
au psychodrame politico-national.
Tant qu’on éludera ces questions, le vote-contre pourra toujours servir à contraindre une
partie des élécteurs. Ca ne peut pas être un idéal démocratique, je ne peux m’y résoudre.
C’est un regard de citoyen français. Mais je suis aussi de nationalité algérienne.
Comme beaucoup de binationaux, j’ai une tendance à la szhizophrénie sur les questions
politiques. Mes réflexions sur ces éléctions présidentielles françaises ont exaspéré mon
côté algérien. Lui se rappelait des élections présidentielles algériennes de 2014.
De mémoire, un homme qui se présentait pour un quatrième mandat, dans un état de
santé pas très enthousiasmant, a été réélu dès le premier tour avec 81 % des suffrages et
une participation d’à peine 51 %. Et encore, je fais fi des accusations de fraudes et
d’incidents.
En clair, mon indignation pour ce qui se passe en France est tellement moins légitime
qu’elle n’aurait du l’être à propos de l’Algérie. Mais je suis un fataliste, un algérien, plus
rien ne m’étonne quand ça concerne ce pays.
Finalement et en prenant le temps de regarder les choses de plus près, j’ai l’impression d’y
déceler des analogies. Je me demande même si les élécteurs algériens n’ont pas eu la
même démarche que les français, sous la pression, celle du vote-contre.
Les algériens qui se sont déplacés aux urnes ont massivement fait le choix de la
continuité, de la loyauté envers la vieille garde. Le bilan n’était pourtant pas très reluisant
et aurait pu largement justifier une envie de changement.
Chez les opposants à Bouteflika lors de cette élection, aucun ne représentait un danger
pour l’Algérie et ses institutions, aucun ne pouvait justifer un tel engouement en faveur du
président sortant. Pourtant, le résultat est encore un n-ième plébiscite du candidat FLN.
A première vue, l’analogie n’est pas évidente.
Et puis, je me suis souvenu des éléctions législatives de 1991, celles où le peuple algérien
avait tenté de faire sortir pour la première et dernière fois, le FLN des arcanes du pouvoir.
On connaît la suite : annulation des éléctions, coup d’état militaire et guerre civile pendant
la décennie noire qui s’en est suivie. L’horreur.
Revivre cette expérience n’est pas envisageable pour les algériens. Ils n’ont pas peur des
autres partis politiques, ils appréhendent juste la tournure que pourrait prendre le pot de
départ du parti historique. Cette évocation n’est pas seulement un cauchemar pour les
algériens, c’est le souvenir d’une réalité récente et ensanglantée.
Le vote-contre algérien consiste alors à ne plus tenter le diable… à ne plus tenter tout
court. Ca doit bien arranger les affaires du diable d’ailleurs.
Finalement, sur ces deux rives de la Méditerannée, le vote-contre est symptomatique de
ce que la démocratie est encore perfectible au nord, loin d’être aquise au sud.
Symptomatique aussi de ce que ces élites qui gouvernent ont du travail, s’ils le veulent
vraiment, pour consolider les fondements des institutions et renforcer la démocratie.
Symptomatique surtout de ce que les peuples théoriquement souverains, sont encore
soumis par la peur ; d’un état autoritaire pour les uns, d’un coup d’état militaire suivi de
massacres pour les autres.
On a quelques pistes quant aux agents pathogènes : une élite qui trouverait son compte
avec ces peurs qui leur permettraient de se maintenir au pouvoir.

Partagez sur vos réseaux sociaux à partir de Chouf-Chouf.com !