Rapport accablant de Reporters sans frontières sur le liberté de la presse en Algérie

Près de 15 jours après la mort en détention du journaliste Mohamed Tamalt le 11 décembre, le rapport que vient de livrer l’ONG Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse en Algérie est pour le moins accablant. Intitulé « Algérie : la main invisible du pouvoir sur les médias », celui-ci dénonce « l’asphyxie progressive dans laquelle sont contraints d’évoluer les médias algériens » depuis la réélection du président Bouteflika en avril 2014.

La mort de Mohamed Tamalt a fait l’effet d’un détonateur car c’est la première fois en Algérie qu’un journaliste meurt en détention. Pour de nombreux observateurs et médias, ce décès est le symbole de la dégradation continuelle de la liberté de la presse dans le pays. Dans son rapport, RSF dresse la liste des pressions et autres intimidations qui rythme le quotidien de la vie médiatique algérienne : verrouillage du marché publicitaire, détentions arbitraires, obstacles bureaucratiques, etc. « Le recours au code pénal est systématique, notamment en raison du fait que les infractions liées au droit d’informer – à savoir la diffamation, l’outrage et l’injure – sont prévues dans le code pénal et punies de peines allant de deux mois à cinq ans de prison et de 1 000 Da à 500 000 Da (de 10 à 4 000 euros) », souligne par exemple RSF. Pas étonnant, dans ces conditions, que l’Algérie figure au 129ème rang sur 180 pays dans le classement 2016 de la liberté de la presse, voisinant avec la Libye ou l’Afghanistan.

Ne se contentant pas de dénoncer les abus, RSF fait 14 recommandations aux autorités algériennes pour mieux protéger la liberté de la presse, parmi lesquelles l’arrêt du recours au code pénal, à la détention arbitraire et aux procédures administratives abusives. RSF conseille également la révision du code pénal pour supprimer les peines d’emprisonnement ayant trait à l’injure, la diffamation ou l’outrage.

Soulignant le combat des journalistes pendant la décennie noire, l’organisation interpelle les autorités sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur eux, sous couvert de pluralisme. La Constitution garantit certes, en son article 41, la liberté de la presse et interdit la censure, stipulant même que « le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté », mais dans les faits, cette garantie n’est pas respectée.

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