Ghozali : « je crains l’effondrement de l’Algérie »

Dans un entretien à El Watan, l’ancien premier ministre Sid Ahmed Ghozali exprime ses craintes d’un « effondrement généralisé de l’Algérie ». Pour l’ancien PDG de la Sonatrach (1966-1979), toutes les conditions semblent en effet réunies pour que le pays se « fracasse ». « Oui, je crains un effondrement. Il est inéluctable et je dirais pourquoi. Depuis près de vingt ans, je mets en garde contre le fracassement contre le mur, fracassement du pouvoir — et le nôtre dans son sillage — car en fin de compte c’est le peuple qui paye la facture des fautes et des turpitudes politiques », dit-il, et de poursuivre son implacable réquisitoire : « Abreuvé de chiffres aussi flatteurs que mensongers — tant de kilomètres d’autoroute, tant de tramways, tant pour le taux de chômage, blablabla — le citoyen peut cependant mesurer la gravité de la situation à l’aide de son seul bon sens. Après 53 ans d’indépendance, notre société vit par la grâce d’une richesse épuisable et unique, de surcroît non créée par nous. » Car, explique Sid Ahmed Ghozali, la situation de l’Algérie est toujours la même depuis l’indépendance : un pays riche mais extrêmement dépendant de la rente pétrolière, incapable de générer de la richesse par ses propres moyens. « L’Algérie est l’un des rares pays, sinon le seul, à se retrouver dans cette si grande et si dangereuse précarité. 99% de nos importations, y compris le blé de notre pain quotidien, sont payées par les revenus des hydrocarbures ! Le fonctionnement de l’Etat est tributaire à plus des trois quarts de la fiscalité pétrolière et parapétrolière ».

La faute à qui ? A des générations de gouvernants (lui compris, du reste). « Un pouvoir vautré dans l’économie de la rente, lequel fait si peu cas de la seule source de richesse pérenne, l’énergie créatrice individuelle et collective des Algériens ». Mais le problème, c’est que cette rente se tarit, les réserves s’épuisent. «  Si notre destin est lié au cours du pétrole, ce n’est pas à cause du prix, mais parce que notre société ne produit rien d’autre. Lorsque notre pouvoir d’achat extérieur dépend à 100% du pétrole, quand le prix baisse de moitié du jour au lendemain, notre pouvoir d’achat est divisé dans les mêmes proportions, c’est-à-dire par deux. » Or, dit Ghozali, « actuellement, le mot d’ordre du gouvernement est centré sur le prix du baril qui descend. Ce qui signifie qu’on est en train de préparer les Algériens à des réductions drastiques de leur train de vie et de celui de l’Etat. Or, la cause première est l’absence désolante de gouvernance. »

Vidéo ci-dessus : entretien avec Sid Ahmed Ghozali (février 2015, TSA)

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