Algérie à deux voix : Yasmine Louati et Yasmina Mazouzi nous transportent en Algérie

Algérie à deux voix est un hommage par la danse de Yasmina Mazouzi et Yasmine Louati à l’Algérie de leurs ancêtres. C’est leur relation à l’Algérie qu’elles racontent et questionnent ici, à travers des danses inscrites dans leur organicité originelle. Algérie à deux voix est un spectacle créatif, qui puise aux racines, pour mieux affirmer sa modernité.

A travers cette conversation dansée, ces deux algériennes revendiquent avec fierté et tendresse leurs origines, le métissage culturel, le rapport au corps.

Le but de leur démarche ? «S’appropier [leur] histoire personelle et faire connaîre une culture au travers de ses mouvements ». Un pari qui semble réussi pour Yasmina Mazouzi et Yasmine Louati, soutenues par l’association « A Corps Danse ».

Yasmine Louati, danseuse depuis ses 30 ans, a commencé par apprendre le sharqi (danse égyptienne) avant de se mettre aux danses traditionnelles arabes (égyptiennes et maghrébines) et tziganes. Formée auprès de Marie Al Fajr, Saâdia Souyah et Béatrice Lavielle, Yasmine travaille en parallèle comme enseignante, danseuse et chorégraphe depuis maintenant 10 ans. Co-créatrice de la compagnie de danse « Ambre », elle monte trois spectacles entre 2007 et 2012 : « Corps Elémentaires », « Escales Orientales » et « Sororités ».

Elle se consacre aujourd’hui aux ateliers chorégraphiques d’A Corps Danse, qu’elle crée en 2010, qui forme des élèves intermédiaires et avancés à la création chorégraphique. Passionnée de cinema, elle est également lectrice et consultante en scénario.

Yasmina Mazouzi se forme en danse depuis environ 10 ans. Refusant les clichés habituellement associés à la danse orientale, elle s’oriente naturellement vers les danses « traditionnelles » arabes. Après une première approche avec Nadia Ammar, elle se forme en suivant les cours de Marie Al Fajr et les stages de Suraya Hilal. Durant toutes ces années, elle suit l’enseignement et les ateliers de Yasmine Louati.

Quelle place la danse a dans votre vie ?

Yasmine Louati : Primordiale. Si je reste plus de quelques semaines sans danser, je commence à déprimer. Je consacre, hors création de spectacle professionnel, une bonne centaine d’heures par mois à la danse. Quand je prépare un spectacle, comme maintenant, cela peut être beaucoup plus. La danse m’est essentielle pour des raisons personnelles. Elle a œuvré à ma grande réconciliation avec mon corps. Mais aussi pour des raisons artistiques. J’ai un besoin profond de créer, même mes cours participent de la création car je suis incapable de refaire deux fois le même. Ainsi que pour des raisons sociétales. Nos danses expriment une identité arabe très profonde et notre façon de les danser créent du lien tout en amenant à réfléchir.

Yasmina Mazouzi : Pour moi aussi la danse a une place essentielle. Si je ne danse pas sur un cours ou une répétition, j’esquisse au moins quelques pas dans la journée. Ce qui est important puisqu’ayant eu une pratique régulière sur le tard, la danse n’est pas mon métier de base. La quasi totalité de mon temps libre y est donc consacré.

Quand est-ce que vous est venue l’idée de monter ce spectacle ?

Yasmine Louati : Je porte ce spectacle en moi depuis plusieurs années. Mais il me fallait rencontrer la bonne partenaire, qui devait à la fois être d’origine algérienne et une danseuse d’un excellent niveau technique. Yasmina répondait parfaitement à ces deux critères. Et en plus nous nous connaissons depuis dix ans et avons une belle relation d’amitié, qui s’est d’ailleurs renforcée avec le spectacle. Je lui en ai parlé il y a 3 ans maintenant. Après il faut le temps que les choses se fassent. Nous devions notamment apprendre à créer ensemble, ce qui implique construire une relation de danse, et une relation de confiance dans la danse. Car lorsque je choisis de danser avec quelqu’un, cela implique pour moi de lui laisser une vraie place. Je ne sais pas créer autrement qu’à égalité avec l’autre.

Yasmina Mazouzi : C’est plutôt une idée de Yasmine Louati qui m’a entre autre poussée à faire de la scène, notamment au travers de ses ateliers. Notre amitié et notre intérêt commun pour l’Algérie ont créé l’alchimie. Même si notre histoire vis-à-vis de ce pays est différente.

Pourquoi l’Algérie ?

Yasmine Louati  : A cause de mon histoire. Mon père était Algérien (de Borg el Kiffan). Et, comme un certain nombre d’Algériens immigrés dans les années soixante et soucieux d’intégration, il ne m’a presque rien légué de sa culture. J’ai donc grandi et été élevée comme une française, à mon prénom prés. A l’approche de la trentaine, je suis partie à la rencontre de la culture de mon père et c’est par la danse arabe que je l’ai abordée. Après des débuts difficiles, ou plus exactement douloureux, la danse s’est inscrite en moi, et de façon pérenne. Il a fallu quelques années, mais la danse s’est engrammée en moi sous le signe de la joie. Il y a quelques années, j’ai pris conscience de la raison pour laquelle la danse arabe avait été si fondatrice : lorsque je dansais, mes deux parents, qui ont eu une relation compliquée et très conflictuelle à cause de la mixité du couple (franco/algérien), étaient en paix à l’intérieur de moi. Je suis allée en Algérie une seule fois, il y a 5 ans et ce fut un séjour inoubliable.

Yasmina Mazouzi : J’ai tout de suite adhéré à la proposition de Yasmine. Tout d’abord en hommage à ce pays dont les danses et les chants restent méconnus. Puis très naturellement, mon histoire familiale, les quelques voyages ou les années de ma petite enfance passées là bas font que j’ai un affect très fort avec ce pays. Pays que je ne comprends pas toujours mais pour lequel j’ai une affection inconditionnelle.

Quels sont les thèmes abordés à travers votre danse ? 

Yasmine Louati : Nous défendons tout d’abord un patrimoine culturel (et mal connu ici) d’une grande richesse, en musique comme en danse. Ensuite une forme de métissage, ce qui revient à défendre le pluriculturalisme. Je revendique, puisque c’est ma nature de fille d’un Algérien et d’une Française, ce métissage. Ma danse est d’ailleurs profondément métissée, tout en conservant une identité qui lui est propre parce que je danse toujours avec ce que je suis et qui je suis. Et mon travail (d’enseignante notamment) comporte un propos « politique » dans la mesure où je travaille en profondeur le Féminin. Celui qui touche à l’Etre femme (à l’inverse de la femme image). Je revendique la beauté plurielle, celle qui vient de l’intérieur, qui est faite de sensibilité, d’intensité, de poésie, de force, ou de rayonnement intérieur. C’est à dire celle qui touche. Lors de notre dernière répétition, une jeune femme inconnue est restée à nous observer Yasmina et moi depuis l’autre côté du couloir de la salle de répétition et elle a fini en larmes. Je l’en remercie profondément car, si j’ai un but quand je danse, c’est de parvenir à susciter une émotion chez le spectateur…

Yasmina Mazouzi : J’ajouterai mon amour de la danse arabe, l’envie de mettre en avant sa richesse. Le coté organique de la danse algérienne, sa puissance que nous souhaitons mettre en avant.

Pourquoi la danse pour exprimer cet amour de l’Algérie ?

YL/YM : Parce que, ayant toutes les deux travaillées les danses algériennes et connaissant bien ce qui se fait sur la place de Paris en matière de danses arabes, nous savons qu’il y a très peu de propositions en la matière. Or, la gestuelle algérienne a une identité propre, comme d’ailleurs la musique algérienne. Et, hormis les Algériens et certains maghrébins, presque personne ne les connaît.

Algérie à deux voix

31 janvier 2016 à 18h au Théâtre de Menilmontant (Paris, France)

Tarif plein : 18 €

Tarifs réduits : 15 € / 9 € (voir conditions avec le théâtre : 01 46 36 98 60)

Tout public. 

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